Assemblée nationale : crise de la presse

Source : Assemblée nationale
le mardi 17 juin 2008


Christian Kert




Circonscription d'élection : Bouches-du-Rhône (11ème)



Groupe politique :Union pour un Mouvement Populaire



Commission :
Vice-président de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales





M. Christian Kert – Madame la ministre de la culture et de la communication, la presse française est en crise, à tel point que le Président de la République a souhaité l’organisation d’états généraux en septembre prochain. La presse écrite affronte en effet une concurrence nouvelle avec les chaînes de la TNT, l’internet et la presse gratuite. Elle doit aussi faire face à la mutation du paysage publicitaire français, à laquelle la commission Copé va tenter d’apporter des solutions.

Il faut rendre hommage à l’ensemble des groupes de la presse écrite, qui ont consenti de grands efforts pour s’adapter à ces mutations, et investi beaucoup pour la modernisation de leurs outils, y compris de diffusion.

Madame la ministre, comme nous tous ici, vous êtes attachée à l’idée d’une presse écrite libre, pluraliste, participant du fonctionnement de la démocratie (« Genestar ! sur les bancs du groupe SRC). Pour sauver cette presse, l’effort doit porter dans plusieurs directions. Tout d’abord, le portage des journaux, au sujet duquel la profession attend toujours un décret d’application qui facilitera la vie quotidienne des porteurs. Votre détermination à influer sur la Poste dans la négociation des tarifs de portage sera également essentielle. Il vous faut aussi régler le conflit permanent et les blocages qui s’ensuivent aux NMPP. Enfin, il vous faudra trouver une solution au problème des droits d’auteur des journalistes.

Souhaitez-vous accompagner le développement des télévisions locales, dont les groupes de presse sont devenues les partenaires privilégiés ? Considérez-vous, comme nous, que les états généraux de septembre prochain doivent aboutir à « recibler » l’ensemble des aides accordées à la presse écrite ?


Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication – Vous avez raison, la presse est en crise pour tous les motifs que vous avez rappelés. C’est pour l’aider que nous sommes à ses côtés dans le plan de modernisation des NMPP « Défi 2010 ». Ce plan vise notamment à mieux former les kiosquiers, à numériser l’ensemble des titres, à multiplier les points de vente, l’objectif étant de passer de 29 000 à 33 000 – et il faut se féliciter des 600 points de vente nouveaux ouverts en 2007 –, et enfin à diminuer le nombre des dépôts. Un plan extrêmement généreux, doté de 60 millions d’euros, a par ailleurs été ouvert pour financer 300 départs – ce qui rend choquants les mouvements extrémistes récurrents menés par certains acteurs du Syndicat du livre. L’État, lui, a pris ses responsabilités, portant son aide de 8 à 12 millions d’euros.

Au-delà, il faut pérenniser un certain modèle de presse, renouveler le lectorat – je ferai prochainement des propositions en ce sens. Il faut aussi finaliser de nouveaux accords entre la presse, la Poste et l’État, les accords actuels arrivant à échéance fin 2008 – j’ai chargé Marc Schwartz d’une mission à ce sujet en espérant aboutir à une signature dans les semaines à venir. Il faut aussi relancer le portage, qui existe en Alsace et en Île-de-France, mais fort peu sur le reste du territoire. Cela exige des mesures sociales et fiscales, et comme vous l’avez dit, le décret d’application attendu. Il faut agir également en faveur de la presse en ligne, à laquelle nous consacrons actuellement 50 millions d’euros par an, et bien entendu redéfinir le statut de l’œuvre multimédia et sécuriser le droit d’auteur des journalistes.

Nous avons la ferme intention d’agir sur tous ces fronts à la fois. Ce sera l’objet des états généraux de l’automne prochain, souhaités par le Président de la République. Nous ne manquerons pas ce grand rendez-vous (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).

Assemblée nationale, l'avenir du service public de l'audiovisuel

Site de l'Assemblée nationale
mercredi 4 juin 2008



Michel Français

Circonscription d'élection : Oise (3ème)
Groupe politique : Socialiste, radical, citoyen et divers gauche
Commission : Membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales


M. Michel Françaix
– À la demande du Président de la République, la commission Copé travaille depuis quelques semaines sur l’avenir de la télévision publique. Les socialistes en ont démissionné aujourd’hui…

M. Richard Mallié – On s’en fout !

M. Michel Françaix – …car les dés étaient pipés. Un peu naïvement sans doute, je croyais que notre réflexion portait prioritairement sur le sous financement chronique de la télévision publique – au bas mot 300 millions –, la création, l’indépendance, le pluralisme, le caractère fédérateur d’un service public fort, les contenus, le « global media » et autres sujets potentiellement consensuels.

M. Jean-François Copé – Mais oui !

M. Michel Françaix – Les propos du Président de la République nous ont fait comprendre que nous étions sommés de tuer France Télévisions plutôt que de trouver des moyens de la guérir ! Le service public sera en effet privé des 900 millions de recettes publicitaires, qu’il n’est pas prévu de compenser par une hausse de la redevance – et il est heureux de constater au passage que le Président de la République semble enfin prendre acte de la baisse du pouvoir d’achat des Français. Le manque à gagner ne sera pas davantage comblé par l’addition de nouvelles taxes, petit rafistolage qui n’est pas à la hauteur des enjeux.

Monsieur le Premier ministre, êtes-vous conscient que la suppression définitive de la publicité dans l’audiovisuel public, au profit des chaînes privées avec une deuxième coupure au sein des programmes, est une fausse bonne idée ?

M. Pierre Lellouche – Vous y étiez pourtant favorable !

M. Michel Françaix – Au-delà de la télévision, la presse écrite elle-même sera affectée par cette décision : le tiroir-caisse pour les uns, le tocsin pour les autres !

Et ce n’est pas la méthode « Coué-Copé », pour habile qu’elle soit, qui nous permettra d’avancer sur l’avenir de la télévision publique et de la création. Le sort des producteurs, des scénaristes et des salariés de France Télévisions vaut mieux que les mouvements d’humeur du Président de la République vis-à-vis du président Copé ! (Murmures sur les bancs du groupe UMP) Ne comptez pas sur nous pour affaiblir le service public de l’audiovisuel. Ne comptez pas sur nous pour accélérer la « Berlusconisation » des esprits ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC)